Silhouette

J’ai la lumière au bout des yeux.
Elle a ta silhouette.
Elle a ton sourire.
Je n’ai pas envie de ne plus être éblouie.

Saison quatrième

“Ce n’est que le début.”
Y’a-t-il des mots plus doux ?
Un instant d’infini
La perspective de nous

Métèque

Quand je change de résidence, je n’appartiens à nulle part.

Demi-elfe, déserteur•se, mutin•e. Là d’où je suis parti•e, je suis déclaré•e traître•sse. Là où j’arrive, je m’habille d’un devoir à vie de montrer patte blanche. J’emménage dans la suspicion. Ce n’est pas un appartement très confortable, mais j’y ai une chambre à moi.

L’île

Là-bas, il y a les plus grandes tempêtes auxquelles j’ai assisté de toute ma vie. Les vagues s’y font ogres, j’ai moi-même failli finir dévoré. Il y a aussi des éclaircies dont la lumière n’est à nulle autre pareille.
L’île, c’était un endroit de fascination, un exotisme à portée de main. J’avais grandi sur le continent, non loin de la mer. Je savais confusément que l’on y vivait le monde différemment. Les repères n’étaient pas les mêmes, la temporalité non plus. Les marées y imprimaient leur rythme et le paysage changeait sans cesse. Tout y semblait plus poétique, nourri d’une atmosphère particulière que je percevais sans savoir la décrire. Cet au-delà de mes territoires familiers, je m’y suis aventuré pour la première fois une nuit de fin d’été.

Dirty Talk

Dans mon dos, le bois de la porte est rigide et froid, mais je m’en fiche. J’ai mes cuisses autour de ta taille, je sens tes mains sur mes fesses et ta langue qui caresse la mienne ; c’est tout ce qui compte, tout ce qui absorbe mon attention, là, maintenant.
“J’ai envie de te parler cru.”

Griffures

“On les aime bien, les petites griffures de l’amour.”

Je ne me souviens plus exactement quand tu as dit ça. Je crois que tu commentais un chant d’opéra. Je ne me souviens plus vraiment ce que j’ai répondu. J’ai probablement dû aller dans ton sens. Mais en réalité, ce n’est pas mon cas. 

Mourrir un peu

Salut ma ville,
je suis partie. Un peu vite, un peu discrètement ; je n’ai pas voulu te déranger. Je t’ai aimé ma ville. Je t’aime toujours. On n’efface pas dix-huit ans d’histoire commune comme ça. Mais voilà, là, maintenant, j’ai besoin d’autre chose. Tu sais, c’est avec toi que j’ai vécu ma deuxième vie, ma vie d’homme. On s’est baladé, moi dans tes bras, alors que tu me montrais des recoins magiques. Tu m’as fait le grand spectacle un nombre incalculable de fois. Je ne regrette rien de nous. C’était beau, c’était juste et doux.

Batifolles

Y’a la lumière du soleil qui commence tout juste à filtrer à travers les persiennes. Il est tôt. Il est trop tôt. Hors de question de se lever. De toute façon j’ai pas très envie de me lever, et c’est pas l’heure qui me fait dire ça. C’est juste que devant moi, y’a ta silhouette assoupie. Je crois qu’il était tard quand on a sonné l’extinction des feux. Où tôt le matin. Enfin bref j’ai pas assez dormi. Alors je me rapproche de toi, je glisse mon bras le long de ton t-shirt, je viens me poser comme un calque de ta forme, le long de ta chaleur. Je t’écoute murmurer dans ton sommeil. Tes bruissements, c’est ma douce berceuse, ma piste de décollage vers la banlieue de Morphée.

Garçonne

En face de moi y’a le miroir. Et dans le miroir cette silhouette. Je me reconnais à peine. Je me suis rasée, épilée, maquillée, habillée. J’ai de l’allure, du charme ; du glamour, même. Un pantalon très près du corps dévoile la forme de mes jambes. Il est intentionnellement court pour montrer mes mollets glabres. Mes jambes ne sont plus mes jambes. Ou alors elles le sont enfin. J’ai enfilé des talons hauts pour la première fois.

Cinq émois cinématographiques

J’ai pas très envie de raconter ma vie. Peut-être que je partagerais des idées, des interrogations, des réflexions. Peut-être (sûrement) que je partagerais des recettes de cuisine! Là j’ai envie de poser les images qui m’ont bouleversé.e l’année passée. Je ne saurais pas trop classer ça, pas par ordre de préférence en tout cas. Tous les films ne sont pas de 2019 ; on s’en fout.